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Jak się ubrać na krwawy lunch porachunków z rzeczywistością?

Écrit au sang - Jarosław Klejnocki

« Mon petit poème drôle, je te réchaufferai avec mes mains / en demandant pardon à la vie de l’avoir décrite au lieu d’y participer » - dit Ewa Sonnenberg dans son poème intitulé à la façon de Leśmian « Incertitude ». Mais ce n’est qu’un bluff, en parlant la langue de football, car la poésie de l’auteur du « Tramway brûlant » est justement une forme de participer en vie. La littérature devient non seulement le commentaire, la réaction au monde, mais aussi la tentative de saisir l’existence spirituelle sur-le-champ. C’est un mode d’exister d’un homme sensible, l’expression de l’âme bourgeonnant des émotions (j’espère que Jerzy Pilch m’accordera sa « phrase de la semaine » prestigieuse pour cette expression!). Sonnenberg pratique la lyrique sentimentale à la frontière de l’hystérie stylistique. Et elle le fait d’une manière intentionnelle et raisonnable, comme je suppose. C’est un projet d’« écrire la vie » dans toute l’acception du terme. Le maître de Sonnenberg n’est pas, pourtant, Maria Pawlikowska-Jasnorzewska, ni Edward Stachura. Ce sont plutôt les poètes portant la marque de l’esthétique de la laideur qui semblent fournir les modèles et l’inspiration. C’est parce que l’auteur du « Tramway brûlant » est connue des métaphores fortes, « masculines », de la langue impitoyable qui, en même temps, sait être lyriquement douce, délicate. Le balancement entre la description scabreuse et la réflexion subtile, veloutée, n’est pas toujours réussi. C’est un défaut et simultanément une qualité, car cela ne constitue qu’une preuve que la poétesse ne compose pas ses textes par calcul, qui doit toujours éveiller les soupçons des lecteurs.

Cette fois, la poétesse a réussi à garder les proportions convenables. Peut-être parce qu’elle a puisé à une forme du poème exigeant la distance (on en a plusieurs dans le recueil), peut-être parce qu’elle a limité les éléments auto-thématiques dans ses œuvres (plus tôt, elles sonnaient mal à cause de la pose d’artiste peu naturelle).

Le texte principal du recueil dernier donne l’image pénétrante de la souffrance en tant qu’expérience humaine élémentaire. Sa force est égale aux messages des Grecs antiques. C’est, d’après moi, une des confessions poétiques contemporaines les plus saisissantes.

Sous la plume d’Ewa Sonnenberg, la passion poétique digne de l’engagement et de la sensibilité bouleversante dans son dévoilement ressuscite. Comme chez Sapho. Mais est-ce que c’est digne de son talent? Cela je ne sais pas encore. Ces poèmes invitent, pourtant, d’une manière incontestable, à éprouver de l’empathie. C’est une littérature, comme Nietzche l’ordonnait, écrite vraiment au sang.

Ewa Sonnenberg « Tramway brûlant »

Maison d’Édition Zielona Sowa, Cracovie 2001

« Gazeta Wyborcza » - « Revue des livres », le 24 janvier 2002, No. 12 (1)