Nostalgie d’une chose sans nom
Le recueil poétique « Hasard » d’Ewa Sonnenberg se caractérise par une composition exceptionnelle et bien pesée du début à la fin; les œuvres sont harmonisées dans une image poétique et cohérente de la réalité. La note d’édition informant que c’est le début littéraire de la poétesse est incorrecte car Ewa Sonnenberg publiait ses œuvres en plusieurs magazines depuis 1986. En 1989, elle a publié en offset, qui ne déprécie pas, pourtant, la valeur de la poésie, le recueil « Poèmes » avec les gravures de Maciej Glinka, et c’était son vrai début, cependant, en 1990 – le recueil « Bien que je demeure ». Les œuvres de ces recueils sont caractérisées par une certaine maturité esthétique. Il est impossible de les omettre en décrivant « Hasard », car la poétesse, déjà dans son premier recueil, a commencé à créer sa propre langue, sa propre poétique qu’elle a développée, d’une manière conséquente, en « Hasard »; la chose pareille a eu lieu avec l’image du monde.
La poétesse appartient à la génération née à la fin des années 60e. Elle a été élevée en famille respectant la culture et les beaux arts. Douée en musique, elle a fait la classe de piano à l’Académie de Musique de K. Lipiński à Wrocław. La réalité où elle a commencé à créer était pleine d’attitudes anti-culturelles différentes. Cette génération s’est trouvée en situation encore plus dramatique que la génération de « la nouvelle vague » et pas tout à fait pour les raisons politiques. Ewa Sonnenberg est entrée dans la poésie avec le sentiment de crise des valeurs humanistes, esthétiques, de décomposition dans tous les domaines de la culture qui a embrassé aussi l’être humain, sa mentalité. Cette poésie n’est pas une description passive ni chaotique du côté obscur de l’existence contemporaine, mais une tentative créatrice de trouver la réponse – qui devient l’être humain dans une telle décomposition de la culture constituant l’autre environnement pour l’homme à côté de celui naturel? Nous sommes condamnés à la culture. Mais cela ne veut pas dire qu’à ses formes pathologiques ou aux idées différentes abâtardies qui font régresser l’homme et la société. « Hasard » est une reconstruction cohérente, symbolique de la complexité du monde contemporain, auquel la poétesse donne ses propres sens individuels dans l’acte de la connaissance poétique. Dans le monde présenté par la poétesse, la disparition de toute l’authenticité, non seulement en création de la poésie mais aussi dans l’existence elle-même, en relations humaines, c’est une tragédie et, simultanément, une menace. On même joue, d’une manière spécifique, la religiosité, comme au poème « Réveillon 1991 »
« Devant l’autel, les politiciens plongés dans la prière
jouent avec les os humains sur les tables glissantes
ils changent des seigneurs et des monuments » (p. 46)
Ce hasard des politiciens perd son caractère démoniaque, sa rusticité n’arrête pas, pourtant, d’être dangereuse. La poétesse n’explique pas et ne montre pas l’ensemble de la vie humaine à l’aide du système des pouvoirs abâtardis. Pour quelle raison les phénomènes si fondamentaux comme l’amour, le processus de penser en homme, la zone du sentiment ou la liberté ont-ils subi les déformations dégoûtantes? Le titre du recueil est particulièrement bien trouvé et, dans un certain sens, finement trompeur. L’homme contemporain, privé de sa propre personnalité, sans volonté cristallisée – cela est présenté dans cette poésie depuis le début – commence à « pratiquer » non seulement la liberté mais aussi l’hasard. D’autre part, dans ce monde présenté, chaque création authentique signifie s’exposer au danger, non seulement de la position des ignorants « gouvernant la culture » mais de la position d’un homme privé de capacité à être en communion avec les œuvres d’art. H. Skolimowski a remarqué dans ses « Méditations » que l’homme contemporain est devenu l’homme moyen ignoble et le consommateur des biens. À l’aide de ses images, E. Sonnenberg nous force à poser la question suivante: au quel degré encore l’homme est capable de la connaissance de soi-même qui exige de l’effort, et au quel degré a-t-il suivi l’illusion qu’il pouvait exister au niveau des instincts biologiques seulement? Ce n’est pas à cause des sentiments aux valeurs immortalisées en culture permettant le développement psycho-intellectuel, mais à base des réflexions plus profondes, que la poétesse démontre comment la régression de l’homme à sa nature zoologique mène à la bestialité honteuse et non au recouvrement de la « vitalité naturelle », de l’authenticité, par exemple au poème « Hasard ». Ce n’est pas le poème qui est repoussant mais l’état d’éprouver y présenté.
Le fait d’employer la pensée de F. Dostoïevski « Le futur Antéchrist leurrera par la beauté » en tant qu’épigraphe a aussi de l’importance. La poétesse non seulement ne leurre pas par la beauté ni par les espoirs mielleux, en sachant qu’une telle attitude en créer la littérature endormait chaque fois la vigilance spirituelle. Il s’agit ici d’une certaine intransigeance cognitive des bestialités contemporaines que la poétesse – à juste titre – ne rend pas esthétiques. Cela ne veut pas dire qu’elle a répudié l’attitude d’I. Kant que « l’esthétique est la conscience de la nation ». C’est vrai, mais il est impossible d’embellir l’atrocité des dégénérations, on peut les posséder d’une manière cognitive, montrer en tant que mal mortel. On n’aimait jamais les poètes aux centres différents d’autorité car ils privaient la réalité des illusions, des sens erronés, des pensées dénaturées. E. Sonnenberg sera attaquée de la position des « poètes » présentés pour avoir montré la vérité assez cruelle sur leur déclin. La poétesse sape les modes de vie dégénérés et pas la vie elle-même. Elle ne rend pas les dégénérations plus logiques, mais elle ne les omet pas d’une manière temporisatrice comme les autres, elle ne choisit pas les sujets facilement traitables (cela n’a aucune importance en poésie s’ils deviennent vagues et banalisés). La poétesse prive le mal et les états des bestialités humaines de toutes les apparences, elle les dévoile en leurs manifestations réelles, ignobles, monstrueuses. Les méthodes dégénérées d’éprouver ou d’exister sont absurdes d’une manière dégoûtante. La poétesse ne se situe pas hors de ce cauchemar du monde présenté, elle est consciente, comme T. Merton, d’être « le témoin complice » mais pas le coauteur de ce monde. La poétesse n’impute pas des traits démoniaques au mal et n’épate pas ses images, sa reconnaissance en acte créateur est la défense de la conscience contre la vie devenant vulgaire, qui est inspiré par l’état d’exister montré dans « Hasard ». Le jeu, la simulation, l’hasard pratiqué aujourd’hui dans toute l’étendue culturelle est encore plus inhumain que « le temps du mensonge politique collectif », qui dans son atrocité et son caractère ignoble provoque « la nostalgie d’une chose sans nom » (p. 44). Cette nostalgie est l’impulsion de la volonté et elle peut libérer l’homme de la trappe de l’hasard, de la manière honteuse de vivre la Vie mystérieuse en majorité. Je ne dirais pas que les œuvres d’Ewa Sonnenberg, par exemple « Ars poetica », sont une manifestation du pessimisme et que ses réalisations jusqu’au présent sont une manifestation du catastrophisme. Tout au contraire, il s’agit ici de la critique téméraire et violente de la réalité existant, son obscurité sinistre, effectuée des positions des valeurs les plus essentielles, dont la poétesse ne doit pas parler directement dans ses œuvres parce qu’elles sont parfaitement lisibles. Si « personne ne s’intéresse qui est vraiment Qui » quand « le sage est pitoyable et le kitsch est une œuvre d’art », E. Sonnenberg, sans méchancetés, mais dans une manière juste, a posé, ou plutôt force avec sa poésie à poser, la question si on peut appeler d’un nom du « poète » quelqu’un qui écrit des textes versifiés simulant seulement visuellement qu’ils sont « la poésie ». Quels « poètes » a-t-elle y décrit? Ce nom était usé avec excès dans la culture polonaise, même diffamé, non seulement dans la période du réalisme socialiste. Je pense que c’est un problème essentiel traité par la poétesse. Tous les simulateurs et les risques-touts qui seulement jouent « les poètes » n’oublieront pas longtemps cette vérité sur eux à la poétesse qui savait illustrer comment la disparition de l’authenticité dans la zone créatrice mène à la réduction de l’image de l’homme à son animalité, en profanant ainsi toute sa nature bio-psycho-spirituelle. Dans la poésie d’Ewa Sonnenberg prédomine la zone rationnelle de la connaissance qui est l’autre côté inséparable du bien.
La poétesse est montée, déjà au début, au sommet de son art. D’après moi, il sera très difficile de franchir « Hasard », la manière de voir et de la description poétique sur sa voie individuelle du développement. Cela exigera, peut-être, une autre forme littéraire.
Marianna Bocian
E. Sonnenberg, Hasard, Astrum. Wrocław 1995, p. 80.
Lettre Océanique 36, septembre 1996, p. 6-7.
Submitted by admin on 5. September 2009 - 14:02.
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