Sonnenberg; blasphèmes d’une féministe - Karol Maliszewski
KAROL MALISZEWSKI
ANIMAL EN J.
Essais sur les vers et les hommes.
Maison d’Édition Dolnośląskie
Karol Maliszewski est né en 1960 à Nowa Ruda où il habite jusqu’à aujourd’hui en travaillant en tant qu’instituteur à l’école primaire. Poète, prosateur, critique littéraire. Corédacteur de l’anthologie de la poésie jeune de la Basse Silésie « Noms de l’existence », Wrocław 1997. Il a fait paraître sept recueils de poèmes dont les derniers embrassent « L’année 60e fouille dans les papiers », Varsovie 1996 et « Une année en route », Wałbrzych 2000 ainsi que deux livres en prose: « Journal apparent » Sopot 1997 et « Épreuves de la vie » Cracovie 1998. En 1999, il a publié son livre critique-littéraire « Nos néoclassiques, nos barbares ». Il coopère constamment avec quelques revues littéraires. Il est lauréat des prix de Marek Jodłowski (1994), de Barbara Sadowska (1997), de Ryszard Milczewski-Bruno (1999).
En certaines poétiques (philosophies, cultures, générations), il est le plus difficile d’atteindre demain. L’imagination manque de paroles. Ce qui m’intéresse c’est un court Demain et un petit Hier. Je veux être le témoin des événements écrits sur- le-champ. Peut-être rien et personne ne survivra. Mais cela a eu lieu et moi avec.
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Karol Maliszewski
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Quand je rentrerai du néant, je te rappellerai tout de suite.
(…)
Justement dans ce sens ma carte finit en banlieue. Je ne parviendrai jamais au centre de ce monde ni à genoux ni à prothèses. Il ne faut pas, pourtant, s’en faire des soucis. Ici, chaque poème crie fort que « l’ensemble a son centre ailleurs ». Le reste est le jeu de citations. Une cabine d’essayage des prothèses. Le Texas en tant que vérité, c’est-à-dire il n’y a pas de vérité ici. Et je ne compterais pas sur AILLEURS salutaire. L’hôte n’arrivera jamais, le sujet ne deviendra pas souverain. Le lecteur peut s’en aller. Ce qu’il fait par la présente.
Sonnenberg; blasphèmes d’une féministe
Je m’imaginais la poésie de Sonnenberg autrement – c’était différent de lire deux, trois poèmes dans une revue; et voici, tout à coup, c’est un choc causé par leur grand nombre, par cette tempête horrifiante des lignes très entassées. Je ne savais pas me débrouiller avec. J’annonce, ainsi, le premier élément distinctif de cette poésie – la résistance considérable créée par la matière elle-même, la densité sémantique trop grande sur un centimètre carré du papier, sur un fragment de notre attention et perception spontanée possible à admettre. Le surpeuplement des sens, l’accumulation spécifique des éléments des puzzles particuliers de mots qui semblent ne pas avoir la fin, le centre, le début, le schéma idéologique, le sens généralisant et même la composition. Cette première impression est accompagnée par le sentiment du fortuit et – je dirais – de la « furie » en tant que règle commençant et puis unissant la création. Le contact avec un poème de Sonnenberg fait penser à un aspirateur puissant, à un mécanisme de transformation (renforcé par les dispositions épiques innées) qui absorbe le nombre maximum de signes dans la portée de ses activités et de sa pénétration – l’insatiabilité curieuse, l’avidité - qui se collent encore, deviennent plus grosses, interfèrent et tombent dans une forme défigurée d’une manière grotesque, multipliée, presque totale, mais pas toujours lisible. C’est, peut-être, un équivalent postmoderne de la ballade, de ce mélange classique d’éléments épiques et lyriques.
Il n’y a pas, pourtant, de question que le poème de Sonnenberg, dans la masse de textes circulant sur le marché poétique, est parfaitement reconnaissable. J’ai déjà évoqué sa densité, son insatiabilité extraordinaire, sa complexité et sa certaine polyphonie. J’ajouterais encore le geste caractéristique de rejeter la réalité diligemment enregistrée à l’aide d’un nombre exceptionnel de noms et le ton d’une femme ascendante outragée par « un tel état de choses » qui, avec toutes les méthodes possibles, essaie de ridiculiser ou plutôt déprécier ou masquer sa (ou pas la sienne) féminité. En résultat, elle remplit une fiche originale de la personne et de la personnalité au serre-papiers « l’option masculinisant de la poésie nouvelle ». Sonnenberg a, probablement, admis qu’elle ne profiterait pas des effets liés à la division sexuelle traditionnelle, nous n’y trouverons pas alors – et j’en suis reconnaissant – des trilles du rossignol de la défloration douloureuse, des soupirs horribles de jeunes filles pour le pays de l’enfance etc. Le héros-héroïne de ces poèmes « frappe » comme un homme, parfois en se plongeant dans cette activité avec exagération agréable, avec acharnement expressif à la façon de Freud que je lis comme un rustre: pourquoi je ne suis pas née avec une autre motivation entre mes jambes, peut-être que mon père ne m’en voudrait pas autant… Sonnenberg veut être dure et intransigeante en démasquant les bassesses des conditions littéraires et morales; cette furie, que j’ai évoquée, se déplace de la forme d’une description à son contenu, en devenant déjà une structure totale de la furie. Le monde bombarde l’héroïne du déterminisme absolu, elle lui paie de retour avec la beauté difficile du poème roulant sur les roues courbes, qui absorbe comme une éponge toute la saleté, le tumulte, le bourdonnement et le bredouillage contemporain de communication. Un tel hasard. Je dirais que le risque a été encouru et plusieurs lecteurs ne seront pas contents de poser le problème d’une telle manière poétique. Et moi, en premier mouvement, j’étais quelqu’un comme cela. Ce livre a besoin de temps. Plus tard, il devient transparent, lisible autrement. Le rédacteur compétent, Marek Garbala, s’en est occupé. J’apprends que le livre rédigé par lui a reçu le prix prestigieux de Trakl – plus tôt, il avait rédigé le recueil de Krzysztof Śliwka qui a obtenu un prix pareil. Cela veut dire avoir de la chance…
Il y a, dans cette poésie, une question fondamentale. Le point le plus chaud, celui-ci qui repousse les lecteurs rapides. Il s’agit du « caractère commentateur », de l’hypertrophie des informations prise directement des journaux (« leur écume furieuse ») ou des observations personnelles sur les transformations sociales et politiques des années dernières. La poésie n’est pas, d’habitude, capable d’assumer ces problèmes car elle perd son importance, tombe dans le caractère artistique blâmable, devient le journalisme versifié. Après les épreuves liées à la poésie de la loi martiale, à la poésie de la résistance des années 80e, nous sommes particulièrement sensibles à toutes les tentatives de ce genre. C’est pourquoi, Sonnenberg trouve facilement les critiques sévères qui appellent ses œuvres « les commentaires versifiés ». Si, pourtant, on essayait d’omettre ce niveau de la conversation et de donner la chance à toutes les options lyriques et stratégies poétiques possibles, la poésie d’Ewa Sonnenberg pourrait, alors, exister plus largement dans la conscience du lecteur. Bien sûr, moi non plus, je ne suis pas le partisan des phrases comme:
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il n’y avait pas de vent ni solstice
et personne n’était pendu sur les arbres (et on parlait
qu’il manquerait de branches)
Tous jouaient les catholiques. Ils pleuraient, pardonnaient
(…)
…car elles font penser, trop facilement, à inciter de nouveau à la « lustration », mais cela ne signifie pas que toutes les recherches allant vers poser le problème d’une telle manière doivent être traitées négativement. Il y a enfin des possibilités beaucoup plus grandes pour le poème. Que le poème choisisse, non l’idéologie critique se formant des préjugés récents seulement défigurés. Il est évident que le choix final appartient aux lecteurs. Ces quelques centaines de lecteurs. Peut-être qu’ils choisiront les mêmes choses que j’ai choisies. Le charme des sens entrelacés, des métaphores brillantes et enchâssées naturellement en cours des poèmes, des synesthésies revêches et des oxymorons savoureux, de ce mélange capricieux de la littéralité et du caractère onirique, du sérieux et de la moquerie, de cette combinaison enfin réussie des idéaux linguistiques (à la façon de Wrocław) avec les postulats de parler ouvertement d’une manière quasi-civique.
Cette poésie symbolise le déplacement vers « le côté masculin », à la façon masculine, la sortie des dentelles, des soies et des tulles. Avant que cela nous manque de nouveau, essayons de comprendre la force imprécise des poèmes de Sonnenberg car (selon l’en-tête du recueil) c’est la poétesse de l’avenir. Je vois l’avenir d’Ewa Sonnenberg plutôt dans son deuxième livre « Au pays de mille carnets » (que je suis en train de lire et rédiger) que dans les œuvres présentées dans l’« Hasard ».
La poésie de Sonnenberg est, actuellement, la frontière à laquelle la confession volcanique de l’esprit de jeune fille-femme opprimé pendant des siècles (libre enfin et ayant tant envie de se confier) est parvenue.
« Animal en J. Essais sur les vers et les hommes. »
Submitted by admin on 5. September 2009 - 14:02.
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